L'immobilier locatif à Paris : de plus en plus inaccessible.

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Les propriétaires plus exigeants à Paris

Drissi Alami Ihssane, agent immobilier locatif dans le 15ème arrondissement
de Paris au sein de l'agence CPH Immobilier, a accepté de nous livrer sa
perception du marché locatif à Paris. Elle répond à nos questions :

Prix-Immo.com : Que pensez-vous de l'évolution des loyers à Paris, se
dirige-t-on vers une baisse ?

Drissi Alami Ihssane : Il est impossible que les loyers baissent à Paris
tellement la demande est importante, sauf en cas de très forte hausse des
taux directeurs, ce qui reste assez improbable dans l'état actuel des choses.
Les taux directeurs influencent directement les prix de vente des biens
immobiliers, et il y a corrélation entre montant des loyers et prix de vente.

PI :
Les loyers peuvent-ils continuer à monter ?

DAI : Cela parait très improbable, la limite de solvabilité des ménages a été atteinte. C'est tout le paradoxe de la situation, car il y a une très forte demande, mais les gens ne peuvent plus suivre la montée des loyers. Les salaires n'augmentent pas, ce qui ne peut que stopper les loyers qui ont atteint leur plafond. Ils devraient stagner désormais.

PI : Les propriétaires restent-ils toujours aussi exigeants ?

DAI : La situation est préoccupante, car les contentieux sont de plus en plus nombreux. Les impayés se multiplient dans la capitale, ce qui oblige les propriétaires à être de plus en plus méfiants. On en arrive ainsi à des aberrations : certains propriétaires demandent des garanties très dissuasives, certains demandent que le locataire gagne trois fois le montant du loyer, en ayant un garant qui gagne 5 fois le loyer, tout cela avec un dépôt de garantie de 12 mois de loyer ! Certains demandent même que le locataire gagne 4 fois le montant du loyer, et réclamment les 3 derniers relevés bancaires.


Les propriétaires se protègent des impayés, et excluent donc totalement une large part des ménages ne pouvant pas apporter de telles garanties. Paris devient de plus en plus réservé à des privilégiés.
Une des conséquences de l'augmentation des impayés est la forte hausse du montant de l'assurance garantie de loyers, ce qui fait baisser la rentabilité des biens.

PI : Comment font les personnes à faibles revenus ?

DAI : Ils ne vivent pas à Paris tout simplement. Il est absolument impossible de vivre à Paris avec le SMIC. Le SMIC  théorique (tel qu'il devrait être pour pouvoir y vivre) y est d'environ 1800 euros net, ce qui est le strict minimum pour pouvoir espérer se loger dans un petit studio. Les bas salaires doivent se résigner à vivre loin en banlieue, en logements HLM. Mais il y a une telle demande en HLM, que les délais d'attente sont d'environ 4 à 5 ans.

PI : Pensez-vous que les propriétaires exagèrent ?

DAI : Nous alertons sans cesse les propriétaires sur le risque d'avoir de telles exigences, mais les propriétaires s'entêtent, et nous sommes obligé de satisfaire leur demande, même si cela incite le marché à la hausse.

PI : Y a-t-il de plus en plus de colocations ?

DAI : Les propriétaires n'aiment pas la colocation, cela représente un risque d'impayés pour eux, en cas de désaccord entre les colocataires. Nous n'avons que très peu de demandes de colocation dans le 15ème.


PI :
En conclusion, comment voyez-vous évoluer la situation ?

DAI : Les loyers devraient stagner si les taux restent à des niveaux historiquement bas. Toutefois, les inégalités ne font que se creuser à Paris, et les gens sont obligés de s'éloigner de plus en plus pour limiter leur budget logement. Néanmoins je ne vois pas comment la situation pourrait changer, vu l'état de l'offre et la demande. Il ne faut donc pas espérer de baisse sur le marché locatif à court terme.

 

Merci à CPH immobilier pour cet entretien.