Actualité du marché immobilier

Immobilier France : krach amorcé, le moment de fuir le marché ?

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Le mot krach peut sembler un peu prématuré pour l'instant. Les chiffres montrent très clairement une baisse du marché ancien de 0,7% sur un an. C'est une baisse très légère, qu'on ne peut qualifier de krach. Et pourtant, à y regarder de plus près, la situation du marché reste très alarmante : les délais de vente ont litérallement explosé, puisqu'ils ont été multiplié par 3 en un an. Ce phénomène illustre une réalité bien préoccupante : les vendeurs refusent de voir la réalité en face : la demande n'est plus là, les acheteurs sont attentistes. Ils attendent tout simplement une amélioration de leur pouvoir d'achat, qui n'est pas près de se produire en ces temps de crise. Les acheteurs sentent bien que ce n'est pas le moment d'acheter. Nous sommes dans une période de crise grave dans laquelle la valeur de tous les actifs plonge d'une manière impressionnante, et il n'y a aucune raison pour que l'immobilier y échappe.


Les vendeurs font preuve d'un entêtement sans précédent. On ne compte plus les témoignages d'agences qui se désolent de constater que certains vendeurs refusent catégoriquement toute baisse de prix, sous prétexte que le voisin a très bien vendu son bien il y a un an. Les défaillances d'agences immobilières sont de plus en plus nombreuses d'ailleurs.

Les vendeurs n'acceptent pas la réalité, elle est pourtant bien là : la hausse est complètement terminée, n'en déplaise aux acteurs du marché immobilier.

Ces "experts" qui nous affirmaient depuis maintenant 4 ou 5 ans que l'immobilier ne baisse jamais, qu'il pouvait prendre 15% par an indéfiniment, avaient visiblement quelques difficultés de compréhension mathématique de base. Et pourtant, les acteurs qui ont tiré la sonnette d'alarme sur l'absurdité de la situation étaient nombreux. Même si personne n'a pu prédire avec exactitude le moment du retournement, il était évident que cela allait arriver. Et plus l'attente est longue, plus le retournement est violent.

On a entendu pendant 2 ans la FNAIM prononcer la phrase : "ce n'est qu'un atterrissage en douceur, un ralentissement de la hausse, aucune crainte pour le marché". Nouveau son de cloche désormais, le délégué général, Henry Buzy-Cazeaux a déclaré : "L'année va se terminer avec une baisse des prix comprise entre 5 % et 8 % par rapport à 2007".

Mais on voit encore des acteurs qui tentent de sauver les meubles, tel Jean-Marie Bonnerave, directeur de l'agence Laforêt à Vitry : "Le marché devient adulte, c'est le moment d'acheter".

Mais plus personne, hormis ceux qui en ont un intérêt direct, n'ose conseiller d'acheter maintenant. Il est clair que la baisse de l'immobilier va faire des dégâts, et cela peut s'avérer catastrophique pour certains ménages, mais on ne pouvait pas éviter ce scénario, après un tel gonflement de bulle totalement déconnecté de la réalité.

Il semble évident en ces temps de crise, d'éviter de prendre la décision d'acheter alors que l'on amorce tout juste une longue phase de réajustement.

On l'entend trop peu souvent, mais on ne peut que constater que l'une des raisons principales de la baisse du pouvoir d'achat est la part beaucoup trop importante du budget des ménages affectée au logement. C'est autant d'argent qui n'est pas consommé par les ménages (car l'argent épargné par les bailleurs, on le sait, circule beaucoup moins dans l'économie, car très souvent épargnée).

Même si la baisse va causer de nombreuses externalités négatives à notre société, et sur une durée potentiellement longue, il faut espérer que l'on revienne à une situation normale où les ménages modestes ne consacrent plus 50, 60, voire 80% de leurs revenus au logement. Une baisse significative des prix de vente et des loyers vont faire des dégats, c'est indéniable, mais cette baisse est devenue maintenant indispensable à la survie d'une part importante des ménages français.


Christophe Baillon