Actualité du marché immobilier
Immobilier France : les prémisses d’une crise immobilière
Ecrit par Anne Chartier lundi, 12 mai 2008 11:40
La dernière étude publiée par l’observatoire du financement des marchés résidentiels semble montrer que la crise immobilière est en train d’atteindre le sol français, avec un net début de ralentissement des ventes de logements.La situation n’est pourtant pas totalement limpide comme l’a remarqué Michel Mouillart – éminent professeur d’économie à Paris et économiste reconnu pour son implication au sein de l’observatoire du financement des marchés résidentiels – puisque les organismes financiers ont maintenu les conditions d’accès au crédit pour les investisseurs voire les ont amélioré dans le souci de soutenir le marché. Dans le même temps, paradoxalement, la croissance du secteur immobilier a fléchi.
Depuis quelques semaines, le marché fait grise mine et se caractérise par une « déformation de la structure des clientèles ». En effet, en 7 ans, la proportion des ménages âgés de moins de 35 ans impliqués dans les transactions immobilières a augmenté de 17,8% atteignant désormais 51% de la population primo-accédant. En revanche, la part des séniors dans le volume total de transactions, qu’elles concernent de l’immobilier ancien ou neuf, est restée relativement stable avec quelques périodes baissières.
Mais au-delà du critère de l’âge, la clientèle a changé également au niveau de la catégorie socioprofessionnelle. Alors qu’ils ne représentaient que 31,2% des acheteurs de biens immobiliers en 2001, les ouvriers et employés comptent maintenant pour 50% du volume de transactions immobilières. A l’inverse, toutes les autres catégories socioprofessionnelles ont vu leur part diminuer.
Pour autant, cette ascension importante n’a pas modifié le montant global des crédits immobiliers contractés dans la mesure où ces ménages restent modestes et gagnent moins de trois fois le salaire minimum : ainsi le montant de leur crédit immobilier reste en moyenne deux fois inférieur à celui des ménages les plus aisées.
Michel Mouillart s’alarme de cette tendance car elle pourrait se traduire dans quelques mois par une paralysie du marché de la revente et donc mener à une crise de l’ensemble du marché immobilier. L’augmentation du niveau de stocks de biens immobiliers mis en vente vient d’ailleurs conforter l’idée selon laquelle la crise du marché immobilier serait en train d’atteindre la France progressivement. En un an, la proportion de logements cédés en moins de trois mois a chuté de 14,3%. Cela souligne bien la difficulté des vendeurs à convaincre les acheteurs potentiels de plus en plus prudents et hésitant dans leurs démarches d’achat immobilier : c’est l’une des raisons pour lesquelles les économistes craignent un retournement brutal du marché de l’immobilier en France.
Dans une interview accordée la semaine dernière, la directrice des études économiques au sein de HSBC (France) prévoyait une chute des prix de l’immobilier neuf de l’ordre de 3,5 à 4%, des prévisions fortement corrigées à la hausse.
Les experts immobiliers affirment que la multiplication des cas de défauts de paiement des ménages et la hausse de la durée transactionnelle des logements mis en vente seraient les prémisses d’une crise immobilière en France plus profonde que prévue.
Anne Chartier


