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Crédit : L’Europe touchée par le phénomène de resserrement du crédit (Credit Crunch)

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Face à la crise mondiale qui affecte le crédit, les banques mondiales se sont concertées pour mettre en place un plan d’action destiné à augmenter la liquidité sur les marchés financiers. Les tensions sur les marchés monétaires sont en effet palpables, et l’on assiste véritablement à un assèchement du crédit. Pour preuve, l’écart entre le rendement des obligations émises par les entreprises du secteur privé et celui des obligations émises par l’état se creuse de plus en plus.

La Banque Centrale Européenne refuse toujours d’utiliser l’expression « Credit Crunch » (traduction anglaise de « resserrement du crédit ») pour décrire l’état des marchés européens. Cela contraste avec les propos tenus en début de semaine dernière par l'OCDE, qui démontre dans son dernier rapport que la crise dont souffrent les Etats-Unis est en train d’atteindre l’Europe. D’ailleurs, la baisse de l'offre de crédit au secteur privé non financier le prouve. « La crise financière engendre une méfiance généralisée : les prix demandés pour accepter un risque ont augmenté », affirmait Jorgen Elmeskov, chef économiste au sein de l’OCDE lorsqu’il formulait ses prévisions de croissance intermédiaires pour les États-Unis, l'Europe, le Japon et le Canada.

Les conditions d’accès au crédit immobilier ou au crédit à la consommation tendent à se renforcer. Une preuve supplémentaire que le Credit Crunch est déjà en marche en Europe.  Selon l'économiste Marc Touati, la crise que nous connaissons aujourd'hui pourrait être encore plus dramatique que celle de 1929 si elle s'aggravait. La seule différence est que le monde a déjà subi de telles crises et les analystes osent espérer que les états sauraient réagir plus efficacement et rapidement. L'incertitude reste grande.
 
Pour répondre à cet inquiétant phénomène, les banques centrales ont donc décidé d’un ensemble de mesures pour calmer les inquiétudes des marchés. Celui-ci est né de la coordination de la BCE, de la Fed mais également de la Banque d'Angleterre, de la Banque nationale de Suisse et de la Banque du Canada. Si chacune de ces banques centrales ont repris le discours de la réserve fédérale américaine pour justifier leur démarche, il n’en reste pas moins qu’elles adapteront forcément leurs mesures pour répondre aux difficultés locales de leurs marchés.

 Parmi les mesures les plus significatives, la Fed a décidé d’injecter 200 milliards de dollars dans le système monétaire dans le but de « favoriser la liquidité sur le marché des titres du Trésor et d'autres titres apportés en garantie, favorisant de la sorte plus globalement le fonctionnement des marchés financiers». Par ailleurs, la mise à disposition réciproque de liquidités déjà conclue avec la BCE et la Banque Nationale Suisse sera poursuivie et amplifiée.

Ces accords de swaps permettront à terme de limiter les effets de la crise. La ligne de crédit ouverte à la BCE atteindra désormais 30 milliards de dollars contre 10 prévalant jusqu'à aujourdhui. La liquidité des marchés devrait s’améliorer nettement grâce à ce dispositif. C’est du moins ce qu’espèrent les économistes. Les premiers résultats ont été positifs, puisqu’au lendemain de cette annonce, les marchés financiers ouvraient avec une hausse de leurs indices.

Les banques centrales asiatiques tentent elles aussi de limiter les effets de la crise. Elles se sont d’ailleurs réunies à Jakarta la semaine dernière pour exprimer leurs inquiétudes face au ralentissement de la croissance mondiale et aux poussées inflationnistes en provenance des Etats-Unis. L’Asie appelle à une surveillance accrue sur ses marchés d’autant que l’OCDE laisse entendre que les conséquences de la crise financière américaine ne sont pas prêtes de s’adoucir.

L’évolution des principales places financières reste très volatile, et sensible à la crise du crédit immobilier. Il s’agit donc d’une lutte internationale qui se tiendra sur le long terme, et dont les résultats ne pourront être appréciés que dans les prochains mois.

Anne Chartier