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Chômage : la baisse cache une hausse de la précarité
Ecrit par Anne Chartier mardi, 11 mars 2008 15:10
En fin de semaine dernière, les médias français faisaient tous état dans leurs journaux télévisés des nouveaux chiffres publiés par l'INSEE en matière de chômage. Nous retiendrons que le taux de chômage a surpris les économistes puisqu'il atteint désormais 7,5% de la population active, un niveau jamais atteint depuis 1983. Ce niveau révèle une régression de 3 points en un trimestre. Autre bonne nouvelle : la croissance de l'emploi connaît elle aussi une progression tout à fait notable (+0,4 point pour la tranche des 15-64 ans), soulignant une volonté plus forte des français à pénétrer le marché du travail. Fin janvier, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 1,8 %, selon le ministère de l’Économie et passe désormais sous la barre des 2,1 millions de personnes.
Le gouvernement français s'est « empressé » de féliciter son action en faveur de la baisse du chômage. Nicolas Sarkozy criait à la « bonne nouvelle », quand François Fillon, lui, prônait « un résultat exceptionnel ». Cependant, même si cette publication semble positive de premier abord, elle est à prendre avec parcimonie. De nombreux experts estiment que ce sont surtout les mesures en faveur des services à la personne (déductions fiscales, simplifications administratives) prises par l’équipe gouvernementale précédente qui portent leurs fruits.
Les économistes craignent que « le plus beau soit passé car la conjoncture est particulièrement mal orientée ». Par ailleurs, les syndicats restent sceptiques quant à l'annonce d'une baisse remarquable du taux de chômage par le gouvernement. Le secrétaire général de FO – Jean-Claude Mailly – évoquait lors d'une interview enregistrée sur RMC "une baisse en trompe-l'oeil", couplé d’une "forte augmentation de la précarité". La CGT, quant à elle, remarque que cette bonne nouvelle est publiée à quelques jours seulement des élections municipales et cantonales dont l'enjeu était crucial pour l’UMP. Elle relève dans le même temps la progression du sous-emploi (personnes ayant un emploi à temps partiel et voulant travailler davantage), des contrats précaires de courte durée et du temps partiel. 7 embauches sur 10 correspondent en réalité à des contrats à durée déterminée et "le gouvernement entend accroître la pression sur les chômeurs pour qu'ils acceptent n'importe quelle offre et se satisfassent d'emplois au rabais", selon un communiqué de l’Anpe-Assedic. Il s’agit là d’un véritable paradoxe.
D’autre part, le gouvernement, par la voix de Mme Christine Lagarde – ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi – s’est félicité de retrouver un taux, tel qu’il n’avait jamais été atteint depuis 1983. Mais elle occulte le fait que les méthodes de calcul du chômage ont changé au cours de la période 1983-2008. La comparaison ainsi faite est dénuée de sens, puisque nous ne pouvons comparer des chiffres dont le mode d’évaluation a évolué.
Enfin, le PS dénonçait « l'autosatisfaction déplacée » de l’équipe au pouvoir, affirmant que la baisse du chômage tient surtout au plus grand nombre de départs en retraite (environ 750.000 dans la sphère privée en 2007) : une croissance de 1,8% suffit à faire reculer le chômage.
De nombreuses critiques sont aujourd’hui formulées à l’encontre du gouvernement qui, aurait souhaité par cette annonce, éviter la sanction électorale.


