Actualité du marché immobilier
Inquiétudes sur l'endettement des ménages
Ecrit par Christophe Baillon mercredi, 10 mai 2006 17:02
Dans un rapport récent (17 janvier 2006), la BRI, (Banque des règlements internationaux), alerte les différentes institutions financières mondiales des risques importants qui pèsent sur la stabilité économique mondiale, causée par l'accès de plus en plus facile au crédit immobilier. [chapeau]
La BRI (ou encore en anglais BIS, Bank for International Settlements), plus ancienne institution financière mondiale, créée en 1930, est l'organisme de coordination entre les grandes banques centrales du monde. La BRI surveille les systèmes de transactions monétaires internationales, et sa mission est d'anticiper les risques de krach financier.
Tous les mois se déroule en son siège, à Bâle en Suisse, une réunion du conseil d'administration, où se rencontrent les gouverneurs des grandes banques centrales.
La BRI souligne à quel point la politique monétaire mondiale expansionniste, historiquement accomodante, a rendu extrêmement fragile la solvabilité des ménages. D'après le rapport publié, on constate que le recours à des crédits à taux variable a explosé dans certains pays, particulièrement en Espagne, Italie, Grande Bretagne, Corée du sud, Australie, qui distribuent des emprunts à taux révisable dans plus de 80% des cas. Le problème : si les taux remontent, un certain nombre de ménages endettés risquent de ne plus être en mesure de rembourser leur crédit. Et le reste de l'économie risque d'en subir les conséquences de manière violente.
La France est moins concernée par ce problème, car les crédits à taux variable ne représentent que 20% des emprunts immobiliers. Il faut cependant rester vigilant, car même si les taux fixes sont majoritaires en France, les dégats causés par une remontée brutale des taux pourrait bien se propager très vite, mondialisation de l'économie oblige.
La BRI s'inquiète également de la spectaculaire ascension des prix de l'immobilier, et souligne à quel point elle a été généralisée mondialement. Selon un entretien de William White, chef du département des études économiques de la BRI, paru dans le quotidien Libération, la décorrélation entre le prix de vente des biens, et le montant des loyers doit nous alerter sur la présence d'une bulle spéculative. Le ratio prix des loyers, relativement stable, et prix des biens immobiliers, toujours plus élevé est la preuve pour William White, que nous sommes dans une situation anormale qui peut faire craindre un retournement du marché immobilier.
William White ne pense pas qu'une hausse des taux américains et une baisse du prix de l'immobilier puisse causer un krach financier, toujours selon l'entretien dans libération. Néanmoins, il affirme qu'un retournement de l'immobilier n'est pas sans risque, car dans cette hypothèse, nous devrions assister à une baisse d'achats d'automobiles ou de biens de consommation durable, que les ménages financent grâce au crédit hypothécaire. Cela pourrait bien se propager à l'économie mondiale.
Selon les résultats de l'enquête trimestrielle sur la distribution de crédits bancaires, publiée par la Banque Centrale Européenne (BCE), les banques veulent rendre plus difficile l'accès au crédit des ménages. Elles estiment en effet que le marché immobilier est devenu beaucoup trop risqué. 20% des banques interrogées annoncent vouloir inverser la tendance au rallongement de la durée des emprunts.
Les banques prennent ainsi conscience que le marché est en haut de cycle. Toute la question est de savoir si l'immobilier va baisser brutalement, ou atterrir en douceur. Vue la prise de conscience des établissements bancaires, et des différentes banques centrales mondiales, on peut imaginer que ces dernières feront tout ce qui est possible pour ne pas plonger le marché immobilier dans un krach dévastateur pour l'économie. La remontée des taux a été amorcée, la seule solution pour ne pas trop brusquer le marché immobilier est de procéder à des remontées de taux très progressives. Mais inévitablement, la solvabilité des ménages en pâtira, et si le krach arrive à être évité, il est fort probable que les prix de l'immobilier amorcent une baisse. La politique monétaire accomodante des dernières années, censée relancer les investissements et l'économie, a mis le monde financier dans une situation délicate, il faudra une grande habileté de la part des banques centrales pour ne pas mettre le monde dans une crise financière sans précédent. Ces dernières devront jongler entre maîtrise de la crise immobilière et maîtrise de l'inflation causée par la crise des matières premières, pétrole en tête. Le bon compromis doit être trouvé dans la politique monétaire à venir.
Christophe Baillon - Prix-Immo.com


