A qui profite la hausse de l'immobilier ?
Ecrit par Christophe Baillon jeudi, 12 octobre 2006 02:56
Selon la Préfecture de police de Paris, le nombre d'expulsions locatives effectuées dans la capitale depuis le début de l'année, pour des problèmes d'impayés, a augmenté de 48% par rapport à la même période l'année dernière. Cela représente 665 expulsions, contre 445 en 2005.
Ce chiffre souligne encore à quel point la solvabilité des ménages a été mise à mal par la flambée des loyers de ces dernières années. Nous sommes ainsi dans une situation où les locataires, comme beaucoup de propriétaires endettés sur 25 ans ou plus, consacrent une très grosse partie de leur budget au logement, ce qui leur confère un niveau de vie de plus en plus faible. De ce fait, les ménages réduisent progressivement leur consommation pour réussir à boucler difficilement leurs charges d'habitation. A l'heure où l'on parle de compétitivité et de baisse du coût du travail pour résister à la pression des pays de l'est et des pays en forte croissance comme la Chine ou l'Inde, on peut légitimement se demander si de tels niveaux de prix dans l'immobilier ne sont pas devenus très handicapant pour toute l'économie. L'effet richesse peut certes inciter certains ménages des classes moyennes et aisées à consommer davantage, mais sachant que seulement la moitié des français sont propriétaires, et qu'une grande partie d'entre eux sont fortement pénalisés par les mensualités élevées de leur crédit immobilier, l'impact de l'effet richesse semble bien limité. Certes le secteur BTP profite de la vigueur du marché, et représente une part non négligeable du PIB (60% en Espagne), mais la majorité des classes moyennes, et les classes ouvrières ne peuvent indéniablement plus consommer, et la croissance est visiblement freinée par le montant exorbitant des loyers.
La situation est d'autant plus gravissime que, malgré le déficit du pays, les dépenses en aides au logement sont mécaniquement tirées vers le haut (même si les aides versées n'augmentent pas aussi vite que les loyers). Et à qui revient ces aides ? Aux propriétaires naturellement, qui majoritairement ne consomment pas cet argent, mais l'épargnent, la plupart du temps dans des placements qui profitent rarement à l'économie nationale (les sociétés du CAC 40 font leurs bénéfices à 80% hors du territoire français).
On peut ainsi dire, en schématisant, que l'état s'endette pour aider les locataires, de plus en plus insolvables et noyés par le budget logement, à payer leur loyer aux bailleurs, argent qui ne contribuera pas dans la majorité des cas à de la création de richesse en France.
Ceci est un début de réflexion, discutable, qui permet d'ouvrir le débat sur la question maintenant incontournable : "A qui profite l'immobilier très cher ?".
Nous ne manquerons pas sur Prix-Immo de développer cette question, en confrontant les avis de différents intervenants. Question particulièrement intéressante à l'approche des élections.
Christophe Baillon - Prix-Immo.com


